La construction du plan de financement initial est une démarche dynamique. Il s’agit, outre de savoir à combien se chiffre le projet, de rechercher la meilleure solution financière pour « boucler » ce plan. Après avoir recensé les besoins et les ressources financières disponibles, vous devrez, le cas échéant, trouver une ou plusieurs solutions pour les capitaux manquants afin d’équilibrer les deux colonnes de ce tableau.
Cette étape vous conduira soit à renoncer au projet, si la proportion des fonds propres est excessivement faible par rapport aux fonds d’emprunt qu’il faudrait obtenir, soit à le redimensionner en le modifiant pour réduire les besoins (par exemple : moins d’investissements grâce aux recours à la sous-traitance).
Attention de ne pas céder à la facilité en rognant arbitrairement le besoin en fonds de roulement (BFR) car ce serait un leurre qui se paie souvent très cher.
Le plan de financement initial se présente sous la forme d’un tableau comprenant deux parties :
- dans la partie gauche, les besoins de financement durables qu’engendre le projet,
- dans la partie droite, le montant des ressources financières durables qu’il faut apporter à l’entreprise pour financer tous ses besoins de même nature.
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Besoins durables
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Ressources durables
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- Frais d’établissement
- Investissement HT
- Besoin en fonds de roulement (BFR) |
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- Capital social (ou apport personnel)
- Comptes courants d’associés (s’il y a lieu)
- Subventions ou primes d’équipement
- Emprunts à moyen ou long terme
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Total |
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Le recensement des besoins durables
Les frais d’établissement
Ce sont les premiers besoins à retenir. Les frais pour constituer l’entreprise (honoraires de conseil, frais d’immatriculation, frais de première publicité…) font partie des dépenses engagées au bénéfice de l’entreprise pour une période longue.
Il faut donc les considérer comme une « forme particulière d’investissement ».
Les investissements
La constitution de l’outil de production, de l’équipement de l’entreprise au sens large, représente les investissements.
On y trouve :
- les acquisitions de brevet, licence, droit au bail, partie de droit d’entrée dans une franchise, fonds de commerce (au bilan, ils prendront le nom d’immobilisations incorporelles),
- les achats de terrain, matériels, machines, mobilier, véhicules, ordinateurs, construction, agencements, installations, etc. (au bilan il s’agit d’immobilisations corporelles),
- les versements de dépôts et cautionnements : comme par exemple les 3 mois de loyer à verser en garantie lors de la conclusion d’un bail (ce sont les immobilisations financières, qui peuvent comprendre également les prises de participation dans d’autres sociétés).
Les investissements sont à retenir pour leur prix hors taxes (sauf si l’entreprise ne peut pas récupérer la TVA), car la TVA relève d’un problème de trésorerie à court terme, alors que le plan de financement initial traite des besoins de financements constants de la future entreprise.
Le besoin en fonds de roulement (BFR)
Avant de commercialiser, vous devez, en général, acquérir un stock minimum. Dès le lancement de l’activité, vous aurez peut-être à accorder des délais de règlement à vos clients : une fois vos produits livrés, l’argent qui vous sera dû constituera une créance client.
En revanche, vous obtiendrez sans doute, vous aussi, des délais qui vous permettront de ne pas payer immédiatement vos fournisseurs.
Vous aurez donc une « masse d’argent » (stocks moyens + encours moyens de créances sur les clients – encours moyens de dettes à l’égard des fournisseurs) immobilisée et nécessaire à l’exploitation de l’entreprise.
De la même manière que l’entreprise doit disposer en permanence de locaux et de machines, elle doit également avoir des ressources disponibles à concurrence de cette somme et donc la considérer comme un investissement à financer au même titre que les autres.
Cet investissement dans le cycle d’exploitation est appelé besoin en fonds de roulement (BFR). Pour le calculer, il convient de chiffrer si possible à leur niveau maximum (fin d’année parce que votre chiffre d’affaires est censé croître avec le temps, ou pointe d’activité saisonnière) :
- les stocks de matières dont l’entreprise devra disposer à tout moment, en tenant compte des cadences d’approvisionnement, des contraintes de fabrication et du niveau d’activité,
- les stocks d’encours qui seront déterminés en fonction de la durée du cycle de fabrication et des coûts de production déjà imputables à ces stocks (main-d’œuvre, énergie, etc.)
- les stocks de produits finis nécessaires pour faire face à la demande dans des délais raisonnables,
- le montant des créances clients, en attente de règlement, évaluées TTC. Ce montant est bien sûr fonction de l’importance du chiffre d’affaires (cf. compte de résultat prévisionnel) mais aussi de la longueur du délai qui s’écoule entre la livraison et le règlement par le client (délai de facturation et délai de règlement),
- le montant des dettes fournisseurs évaluées TTC qui correspond aux délais de paiement qui vous sont accordés par vos fournisseurs et qui est donc fonction du volume des achats.
La formule générale du calcul du besoin en fonds de roulement en création d’entreprise est la suivante :
Besoin en fonds de roulement = Stocks moyens
+ Encours moyens créances clients TTC
- Encours moyens dettes fournisseurs TTC
Cas particulier d’activité de services
Si votre activité relève de la prestation de services (en particulier intellectuels), il est possible que vous n’ayez pas besoin de stocks. Dans ce cas, il n’y aura pas de composante « stocks moyens » dans votre BFR.
Il faudra la remplacer par une composante « travaux en cours » c’est-à-dire un volant de charges courantes que vous aurez en permanence à avancer avant de pouvoir facturer vos prestations. Pour cela, vous devrez évaluer le coût d’une journée de travail, toutes charges courantes comprises (votre rémunération incluse), et estimer combien de jours en moyenne pour une commande vous aurez à travailler avant de pouvoir présenter votre facture.
Si, de plus, dans votre activité, vous avez la possibilité de demander systématiquement un acompte à la commande, il faudra créer une composante ressources « encours moyen acomptes clients » qui remplacera la composante « encours moyen fournisseurs ».
Vous venez de chiffrer les deux types d’investissements nécessaires à votre entreprise :
- les investissements en immobilisations,
- les investissements correspondants au besoin en fonds de roulement.
Le recensement des ressources durables
Il vous appartient désormais de chiffrer les ressources financières qui vous permettront de couvrir ces investissements.
Elles se regroupent en deux catégories :
- celles que vous apporterez (vos « apports personnels »).
- les ressources que vous devrez trouver en complément (prime, subvention, emprunt à moyen ou long terme).
En bonne orthodoxie de gestion, les besoins financiers durables doivent être couverts par des ressources de même nature. Les totaux des deux colonnes doivent donc être égaux.
Par conséquent, si la somme des apports (éventuellement majorés de primes ou subventions) reste inférieure au total des besoins durables, il vous faudra combler cette différence par un financement externe.
Ce financement, souvent de nature bancaire, devra être en cohérence avec la pratique des banques qui appliquent certains principes pour la distribution des crédits d’investissements (crédit à moyen ou long terme) comme :
- ne pas risquer plus de fonds que le créateur lui-même,
- écarter de l’assiette de financement les investissements incorporels (hormis le fonds de commerce) et très souvent le besoin en fonds de roulement,
- ne financer qu’à 70 % du prix HT ce qui est recevable (besoins finançables par la banque),
- tolérer chez l’emprunteur un endettement à terme qui ne dépasse pas le total de la capacité d’autofinancement (CAF) des 3 premières années,
- n’accepter chez l’emprunteur qu’une charge annuelle de remboursement du capital emprunté limitée au plus à la moitié de la CAF prévisionnelle.
Ces deux derniers critères imposés par les banques ne pourront être vérifiés qu’une fois le compte de résultat établi, ce qui pourra amener à reconsidérer la solution financière.